Rencontre maorie

Tout a commencé à Torere, sur la côte est de l’Ile du Nord de la Nouvelle-Zélande. Une rencontre. Une femme maorie. Courageuse et déterminée. Prête à tous les efforts pour que les siens, son peuple, sortent du cercle vicieux qui emporte injustement les maoris en Nouvelle-Zélande. Elle nous a raconté son histoire, nous a bouleversé. Nous pensons que nous devons partager ça avec vous. Parce que c’est important. Parce que la colonisation fait encore des dégâts aujourd’hui. Et parce que, naïvement, nous n’avions pas soupçonné cette réalité.

L’ARRIVEE DES MAORIS EN NOUVELLE-ZELANDE

Les historiens estiment que les premiers descendants des maoris seraient arrivés en Nouvelle-Zélande il y a un peu plus de 1000 ans depuis différentes terres polynésiennes comme Hawaiki ou les Fidjis. La légende raconte que les premiers arrivant ont repéré la terre en se fiant aux nuages. Ils l’ont baptisé Aotearoa : Le pays du long nuage blanc.

Les maoris vivaient de la chasse, de la pêche et de la cueillette. Ils se nourrissaient de ces produits et se soignaient grâce aux plantes qu’ils cultivaient sur leurs terres.
Les arbres, les rivières et les montagnes avaient pour eux une grande importance symbolique. Ils leurs permettaient notamment de prier les esprits et de dire au revoir à leurs morts.

Le territoire néo-zélandais était divisé en tribus gérées par des chefs qui entraînaient régulièrement leurs troupes dans des combats dont le but était d’acquérir plus de territoires, de nourriture ou encore une place plus élevée dans la hiérarchie.

Portraits Maoris

QUAND LES COLONS ONT FAIT LEUR ENTREE

La première intéraction entre les maoris et les pakehas (personnes d’origine européenne) est survenue en 1642 lorsque le navigateur Abel Tasman a approché les terres de Nouvelle-Zélande. Son expédition s’est soldée par un échec au terme de violents affrontements.

C’est James Cook qui parviendra en 1796 à rencontrer réellement les maoris. Au fur et à mesure du temps, de plus en plus de bateaux s’installent à proximité des terres et très vite des changements surviennent dans la vie des maoris.
D’abord, la Baie des Iles est annexée par les baleiniers qui transforment les lieux en point de chute de leurs expéditions, n’hésitant pas à y installer une maison de passe.
Mais l’arrivée des colons anglais a surtout signifié l’introduction des armes à feu, notamment les mousquets, dans la vie des maoris.

LES MUSKET WARS

Les rivalités qui existaient déjà entre les différentes tribus maories se sont progressivement transformées en guerres armées, les « Guerres des Mousquets », qui ont fait des ravages de 1810 à 1830. Ces violents affrontements ont fait des milliers de morts, certains historiens estiment que le bilan a été plus lourd que celui des morts néo-zélandais de la première guerre mondiale, soit plus de 18 000 personnes.
L’autre grande conséquence de ces guerres est l’abandon de leurs territoires par de nombreuses tribus qui fuyaient leurs ennemis. Ces départs, parfois massifs, ont laissé le champ libre aux Pakehas qui ont envahis ces terres abandonnées.
Les colons n’ont pas importés que les armes, ils ont aussi introduit en Nouvelle-Zélande de nombreuses maladies européennes inconnues des maoris qui n’avaient pas de remède pour s’en protéger. Et c’est finalement en 1840 que la Grande-Bretagne décide d’agir pour apaiser la situation néo-zélandaise.

LE TRAITE DE WAITANGI

Le 6 février 1840, la Grande-Bretagne et près de 540 chefs de tribus maoris signent le traité de Waitangi dans l’espoir de trouver enfin la paix. Les tribus maories reconnaissent le pouvoir souverain de la Grande-Bretagne et obtiennent, en échange, la nationalité britannique.

En l’honneur de ce traité, le 6 février est un jour férié en Nouvelle-Zélande. Et pourtant, nombreux sont les maoris qui en contestent la validité et remettent en cause les applications qui en ont découlées et qui les ont privé de leurs terres.
La traduction de ce traité de l’anglais au maori est elle-même dénoncée, la version anglaise élargissant considérablement le pouvoir de la couronne par rapport à ce que l’exemplaire maori prévoit. Ainsi, le texte anglais parle de « souveraineté » de la Grande-Bretagne quand la version maorie n’envisage qu’un transfert de « gouvernance ». Cette différence se retrouve également concernant l’administration des terres puisque les anglais s’en octroient la « possession pleine et entière » tandis que les maoris pensent conserver « l’autorité pleine et entière » sur leurs territoires.

LES GUERRES DE NOUVELLE-ZELANDE

Malgré la signature du traité de Waitangi de nombreux combats vont opposer les maoris et les colons entre 1840 et 1870, ce sont les Guerres de Nouvelle-Zélande.

Les revendications territoriales des maoris en sont la cause. Ils s’estiment volés et entendent récupérer ces terres qui sont leur seul moyen de subsistance. Ils invoquent le fait que leurs biens leur ont, soit été volés, soit échangés dans des conditions qui leur étaient clairement défavorables.
En effet, ils n’avaient à l’époque aucune connaissance de la notion de monnaie, ou encore d’achat. Ils effectuaient leurs transactions grâce à l’échange ou en exécution des dettes d’honneur dont ils étaient redevables. L’argent n’avait aucune valeur, c’est ce qui a permis aux colons d’acheter beaucoup de territoires à moindre coût. C’est ce qu’a fait le Baron De Thierry qui s’est octroyé la propriété de 875km2 de terre le long d’une rivière en échange de seulement 36 haches.

LA CREATION D’UN TRIBUNAL SPECIAL

Ce n’est qu’en 1975 que le tribunal de Waitangi est créé. Il a pour mission d’examiner les cas soulevés par les maoris qui estiment que la couronne britannique a manqué à ses engagements en ne respectant pas le traité de Waitangi. Les membres de cette institution ont pour simple pouvoir d’établir la validité des plaintes et de transmettre le cas échéant des recommandations au gouvernement britannique afin que celui-ci procède à des restitutions en nature ou à des compensations financières.
Les maoris entendant alors obtenir des droits sur les terres qui leur ont été prises par la fraude ou par la force.

Les membres de ce tribunal, pour moitié maoris et pour moitié pakehas, sont autorisés à mener des investigations sur des faits pouvant remonter à 1840. En 2015, et après 40 ans de fonctionnement, le tribunal avait déjà enregistré 2501 plaintes, traité partiellement ou entièrement plus de 1000 cas et rendu 123 rapports.
La situation des maoris n’est cependant pas réglée et beaucoup d’entre eux vivent encore dans une grande précarité.

LES MAORIS AUJOURD’HUI EN QUELQUES CHIFFRES

Bien que la Nouvelle-Zélande se targue d’avoir mis en place un système d’intégration abouti qui laisse une belle place aux maoris la réalité est bien différente. Si certains ont évidemment pu s’en sortir et atteindre des professions qui leur permettent de vivre confortablement ce n’est pas le cas de la majorité des maoris de Nouvelle-Zélande.

Blakely et Robson de la Wellington School of Medicine and Health Sciences ont rendu un rapport alarmant sur la situation des maoris. Ils dénoncent « 175 années d’un processus historique et social qui a systématiquement désavantagé les maoris ». En ne regardant pas la situation en face, la Nouvelle-Zélande s’évite de remédier à ce qu’elle ne considère pas comme un problème important.

Les maoris représentent 15% de la population néo-zélandaise, mais 50% de la population carcérale.Ils ont une espérance de vie plus faible que celle des pakehas. Les hommes pakehas vivent en moyenne jusqu’ à 80 ans, contre 73 ans chez les maoris. Les femmes pakehas vivent en moyenne jusqu’à 83,9 ans contre 77,1 chez les maoris.

Blakely et Robson estiment que ces chiffres sont la conséquence d’un moins bon accès des maoris à l’emploi, à l’éducation et à des logements décents. Ils sont donc plus pauvres, en moins bonne santé et ont plus de difficulté à se procurer un moyen de locomotion.
Ils insistent sur le fait que cette réalité est la conséquence directe de la colonisation qui a mis en place un système raciste et discriminant.

Eglise de Torere

UNE RENCONTRE POUR COMPRENDRE

Notre voyage nous a conduit jusqu’à Torere, un petit village sur la côte est de l’Ile du Nord. Là-bas nous avons eu la chance de rencontrer une femme maorie. Elle nous a invité à lui poser des questions sur sa communauté. Nous ne nous attendions pas à ses réponses.

Elle a commencé par nous apprendre que 90% des maoris de sa région sont sans emploi. Si la situation est particulièrement critique ici, cela n’est malheureusement que le reflet de la réalité globale du pays puisque les maoris constituent la frange la plus pauvre de la population.
Issus de milieux très défavorisés ils n’ont que peu accès aux études supérieures et à l’emploi. Cela engendre des dépendances à l’alcool ou à la drogue et la tentation d’en vendre soi-même afin de s’assurer un revenu rapide et qui ne nécessite pas de qualifications.
Les conséquences sur les familles sont directes puisque ces dernières années elle a remarqué une augmentation du nombre de divorces, de cas de violences conjugales, de meurtres et de suicides. Une réalité que ne prend pas en compte le gouvernement.

Elle estime que ce contexte est un produit direct de la colonisation qui a privé de nombreux maoris de leurs terres et donc de leurs moyens de subsistance.
Elle nous avoue avoir eu personnellement de la chance, celle de naître dans une famille qui a pu conserver ses biens au moment de la colonisation, ce qui est rare en Nouvelle-Zélande. Ses parents ont pu exploiter leur ferme et vivre convenablement.

Elle regrette également que de nombreux lieux sacrés aient été détruits ou pillés alors qu’ils étaient pour les maoris des lieux de prières, de repos pour les esprits ou de culture de plantes médicinales. Certains espaces naturels comme les rivières ont également été réglementés et la pêche parfois interdite dans des endroits où le poisson était la seule ressource des maoris.

Cette femme particulièrement courageuse tient sa communauté à bout de bras. Elle s’investit auprès des jeunes générations et encourage le dialogue afin d’apaiser les tensions et de trouver des solutions pour que chacun vive mieux. Elle multiplie les initiatives qui permettent à tous les membres des familles environnantes de se réunir. Elle encourage les plus jeunes à se battre pour leurs droits mais sans rancœur. Elle n’hésite pas à faire entendre sa voix jusqu’au Parlement où elle s’est déjà exprimée.
Elle est un exemple de dévouement et d’optimisme. Elle veut y croire. Et malgré les choses terribles qu’elle nous avoué ce jour-là elle terminait toutes ses phrases par un encourageant « That’s ok »…

Totem maori

CE QUE NOUS AVONS VU

Lorsque nous étions sur l’Ile du Sud nous n’avons que peu croisé de maoris. Les principales manifestations de leur présence se retrouvaient surtout dans les musées d’histoire, les brochures touristiques, les magasins de souvenirs (statuettes en bois, paniers tressés, colliers en jade…) ou encore les salons de tatouage qui proposaient des dessins polynésiens.
Le maori étant la deuxième langue officielle du pays nous avons également vu de nombreux panneaux de signalisation et affichages divers traduits dans cette langue.

Mais c’est en arrivant sur l’Ile du Nord que nous avons réellement pris conscience de la présence des maoris en Nouvelle-Zélande. D’abord, la quasi totalité des maoris vit sur l’Ile du Nord. On y retrouve également beaucoup plus de villages traditionnels, d’églises maories, de décorations et d’art maoris.
D’ailleurs les promoteurs touristiques ne s’y sont pas trompés puisque nous ne comptons plus le nombre de compagnies qui proposent des « immersions » dans l’histoire de villages maoris. Au programme : danses traditionnelles, observations de sculpture sur jade… Moyennant plusieurs dizaines voir centaines de dollars évidemment.

Mais derrière le vernis touristique nous avons surtout observé la réalité que la femme que nous avons rencontré nous a décrit. En effet, les villages maoris que nous avons traversé étaient particulièrement pauvres. Les maisons étaient en mauvais état. Les voitures également. Les gens ne semblaient pas travailler et attendaient passivement dans leurs jardins en plein milieu de journée.
Et cela nous a frappé à chaque fois. Dès que nous traversions des zones plus pauvres, la population y était maories. Dès que nous entrions dans des villages plus riches, nous ne croisions plus de maoris.

C’était la première fois que nous voyagions dans un pays qui avait subi la colonisation. La première fois que nous avions l’occasion d’en observer les conséquences directes. Même après plusieurs siècles les populations en souffrent encore. De manière injuste. Les maoris, comme d’autres peuples dans le monde, se sont fait voler leurs terres. Aujourd’hui ils sont parmi ceux qui souffrent le plus alors que ce pays était le leur.
Les différences de niveaux de vie sont réelles et alarmantes et pourtant nous n’en entendons que très peu parler. Avant d’arriver sur l’Ile du Nord nous ne soupçonnions pas tout ça. Ce que nous avons vu nous a profondément attristés… Nous trouvions important de vous en parler. Et nous espérons que cela vous aura intéressé.

SOURCES

-nzhistory.govt.nz

-waitangitribunal.govt.nz

-www.universalis.fr

-tahiti-infos.com

-Courrier international

-Etudes des chercheurs Tony Blakely et Bridget Robson de la Wellington School of Medicine and Health Sciences

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