Je suis une étrangère.

Voilà un an que nous sommes partis de France, notre cher pays. Un an que nous vivons à l’étranger, un an que nous sommes des étrangers.
J’ai, je crois, toujours été sensible aux conditions de vie de ceux que l’on appelle des étrangers. Ceux qui, par choix ou non, pour quelque raison que ce soit, vivent dans un pays qui n’est pas le leur. L’expérimenter moi-même a été une grande leçon, j’avais envie d’écrire à ce sujet…

Je suis une étrangère

SE SENTIR ETRANGERE

Je n’avais pas imaginé en partant que je ressentirais à ce point le fait d’être étrangère et que la France me manquerait autant.

Tous les expatriés ne le vivent pas de la même manière. Certains se sentent chez eux directement dans leur pays d’adoption. Il leur est indifférent de ne pas être né, de ne pas avoir grandi, dans le pays qu’ils ont choisi.
Mais moi, bien que nous nous soyons plongés dans la culture néo-zélandaise, je ne me suis jamais sentie chez moi. Nous avons vécu avec des locaux, nous nous sommes intéressés à l’histoire de leur pays et à leur mode de vie. Mais je me suis rendue compte de la différence qu’il y a entre apprendre à connaitre une culture qui n’est pas la sienne et vivre, être bercé par l’atmosphère d’un pays depuis qu’on est enfant.

Ce sentiment général est provoqué par de petites choses que l’on ne remarque pas chez soi et qui sont pourtant la saveur de nos pays respectifs comme l’architecture, la nourriture, la façon de fêter les grands événements, l’ambiance des rues ou encore l’attitude des gens les uns envers les autres.

En arrivant dans un pays que l’on ne connait pas il faut aussi tout découvrir, se renseigner pour la moindre formalité, accepter de ne pas comprendre et devoir presque tout apprendre.
Cela suppose parfois de dépasser la barrière de la langue. De faire répéter si besoin, de toujours être concentré pour saisir ce que l’on nous dit et de se rendre vulnérable en exposant son accent et donc sa qualité d’étranger.
S’installer dans un autre pays c’est aussi perdre ses repères. Ne plus avoir de refuge, d’habitude rassurante. C’est devoir se débrouiller seul, sans famille, sans ami. C’est quitter la facilité et le confort du connu.

ETRE TRAITEE COMME UNE ETRANGERE

C’est une opinion répandue en Nouvelle-Zélande comme dans beaucoup d’autres pays dans le monde malheureusement… Les étrangers ne sont pas les bienvenus pour tout le monde. Les préjugés circulent… Les étrangers conduiraient mal, voleraient le travail des locaux, ils coûteraient de l’argent, etc…
Ces thèmes sont d’ailleurs traités fréquemment dans les journaux kiwis, au niveau local mais aussi national, pour témoigner de l’agacement croissant des néo-zélandais qui s’estiment envahis par les étrangers : les jeunes voyageurs comme nous, les touristes classiques et les immigrés.

Au cours de notre année en Nouvelle-Zélande nous avons expérimenté ce mécontentement à plusieurs reprises. Je ne vais citer que trois exemples, trois fois où nous nous sommes réellement sentis indésirables.

La première fois c’était un midi où nous mangions sur un parking public avec nos amis Céline et Dan. Nos coffres de voiture étaient ouverts et laissaient apparaître notre matériel de camping. Deux hommes sont passés devant nous et sans un mot se sont permis de nous photographier. Leur attitude se voulait évidemment humiliante. Et pourtant cela semble être monnaie courante dans ce pays puisque des groupes sont régulièrement créés sur les réseaux sociaux par des néo-zélandais qui s’amusent à exposer ce genre de photos des touristes étrangers…

Un peu plus tard c’est un médecin qui a tenté de profiter de notre statut d’étrangers en nous facturant le double du tarif réglementaire d’une consultation. Quand nous avons cherché à avoir des explications personne ne nous en a donné… Jusqu’à ce que notre manager Fiona nous aide…

Enfin, ce sont les propriétaires de notre appartement qui nous ont appris qu’on est jamais trop méfiant à l’encontre des étrangers. Sans jamais nous demander notre avis (et même sans nous avertir au début) ils entraient tous les jours chez nous pour s’assurer que tout était en ordre…

A L’HEURE OU LE MONDE A PEUR

De plus en plus, l’autre nous fait peur, celui qui n’est pas comme nous, ne vit pas comme nous, n’est pas né dans le même pays que nous, ne parle pas la même langue que nous, n’a pas la même religion que nous ou encore pas la même couleur que nous.

Et pourtant ce sont ces différences qui nous font grandir. Le mélange de nos différentes cultures, de nos différentes histoires et de nos différentes opinions est précieux. Tout comme l’être humain ne peut vivre seul, un pays ne peut pas évoluer en autarcie.

N’oublions jamais que derrière nos peurs il n’y a souvent qu’une méconnaissance de l’autre et que cet autre n’est pas une nationalité, une religion ou une couleur mais un être humain. Rien d’autre qu’un être humain.

NE JAMAIS OUBLIER SES PRIVILEGES

Contrairement à plus de 65 millions1 d’êtres humains sur cette planète je peux résumer ces sentiments à des détails qui m’ont fait réfléchir, à une leçon de vie qui m’a fait grandir, à une simple expérience. Un état provisoire qui ne conditionne pas mon existence car je peux rentrer chez moi. Car je sais que, quelque part, un « chez moi » m’attend. Et c’est un privilège.

Je n’ai pas eu à fuir mon pays car mon pays ne meurt pas sous les bombes.

Je n’ai pas eu à fuir l’oppression, la famine, la pauvreté ou la violence.

Je n’ai pas eu à tout quitter pour survivre. J’ai choisi de partir pour me sentir vivre.

Une fois dans mon pays d’accueil je n’ai pas eu à subir de discriminations basées sur le simple fait que je suis une étrangère.

Partir n’a pas été pour moi synonyme de tout perdre. Au contraire j’y ai gagné.

Parce que je suis née dans le bon pays, dans la bonne famille, à la bonne époque, j’ai pu user de ma liberté la plus essentielle, celle de pouvoir partir en sachant que je pourrais revenir. Le privilège immense de ne pas avoir à être une étrangère quelque part.

« Qu’est-ce qui me fait pleureur, Mr Raymond ?
Le vie impossible que certaines personnes font mener à d’autres – sans même y prendre garde. La vie impossible qu’imposent les blancs aux gens de couleur sans même prendre la peine de penser qu’ils sont eux aussi des êtres humains »

    Ne Tirez pas sur l’oiseau moqueur,
Harper LEE.

1: http://www.unhcr.org

2 Commentaires

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  1. 1
    lulu

    Frissonnant cet article… Accepter cet état de faiblesse est une preuve d’une grande force intérieure qui te sera toujours utile pour affronter ta vie…
    Dans un autre registre (pas si éloigné) Blandine m’a posé cette question ce soir : « Mais maman, pourquoi il y a des pays « riches » et des pays « pauvres » ?? Et puis d’abord, pourquoi on ne partage pas notre argent avec eux ??? Mon bébé m’a cloué le bec car je n’ai pas su comment lui répondre que notre monde ne tourne pas rond…
    Sinon nous aussi on est vivant ici et on va bien!!! Hâte de vous voir pour rêver en live de ce voyage en discutant avec vous autour d’un bon petit verre ( de ce que vous voudrez 😉 )
    Gros bisous de nous 4 à vous 2!!

    • 2
      Globe Rêveurs

      Haa la magie des enfants, ils n’ont pas de filtre comme nous, et finalement ils se posent les bonnes questions ! Vous allez en faire une révolutionnaire !! On vote pour le verre évidemment !! Avec un grand plaisir… et d’ailleurs on a hâte !! Gros bisous la petite famille !!

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